mardi 27 juin 2017

Des fondements de l'éthique.

On peut s'étonner de l'avis qui suit.



Il est, en effet, l'exemple le plus probant de l'éthique opportuniste. L'opportunité étant ici parée des voiles de la compassion. Or ni la compassion, ni l'opportunisme ne fondent l'éthique.
Notre société occidentale, idolâtrant les victimes, en voient partout, en suscite constamment. Une fois la victime - rarement une personne, notez bien, mais plutôt, un groupe - suscitée, on se hâte de l'entourer d'un sanctuaire de compassion qui justifiera tout les opportunisme, même les plus obscènes.
Dans le cas présent, la souffrance des personnes, à laquelle, on fait allusion, est le fruit si pas d'un acte libre, du moins d'une "orientation personnelle". Cette "orientation personnelle" n'est pas définie dans son fondement moral. Elle est posée ici comme un "pli" personnel, plus ou moins libre. Personne, en effet, n'est tenu d'actualiser les potentialités de la dite "orientation personnelle".
Ainsi donc, une femme qui selon son "orientation personnelle" serait lesbienne - remarquons qu'il y a quelques décennies, c'était ce seul fait qui était une "souffrance induite"; aujourd'hui ce dossier est réglé : la seule souffrance que l'homosexualité induit, c'est l'homophobie des tiers - fait face, si elle est en couple avec une autre femme ou non d'ailleurs, à une "infécondité" due à son lesbianisme pratique. Elle est peut-être sans "stérilité pathologique" mais son "orientation personnelle" la place devant une souffrance induite en partie par une chois de vie, en partie par quelque chose qui échappe à la liberté. Or donc, cette souffrance serait donc intolérable, affreuse, injuste ( deux femmes ne pouvant pas naturellement transmettre la vie), et à telle enseigne qu'il faut la pallier. Voilà le compassionnisme dans toute sa splendeur. Aussi, comme pour le cas de l'avortement - bien que la chose soit plus délicate - on livre aux caprices, au mal-être de uns et des autres, la vie de futurs êtres humains. On engage la vie d'innocents pour pallier à l'infécondité induite par l'orientation personnelle. Bref, on refuse la frustration du réel et l'on se déclare, sous couvert de compassion, tout puissant.
Ce qui ici est valable aujourd'hui pour les femmes, le sera demain aussi pour les hommes. L'argument compassionnel vaut dans ce cas aussi, bien sûr. Il vaut d'ailleurs dans tous les cas.
Lorsque les églises chrétiennes orthodoxes - je fais donc exception de certains courants protestants qui abondent dans l'hérésie - défendent la vie humaine de la conception à sa mort naturelle, quand elles défendent la dignité de la personne humaine et celle de la différence sexuelle, quand elles défendent la compassion sans tomber dans le compassionnisme opportuniste, elles le font depuis deux mille ans sans rien changer au fondement de leur attitude. Cette éthique là est au-dessus des modes, des chagrins, des souffrances du moments, des caprices et du désir induit lui-aussi.

vendredi 16 juin 2017

Abécédaire hérétique. Lettre K. Kénose

La kénose - littéralement "désemplisse
ment de soi"-st le terme théologique qui désigne l'abaissement du Verbe. Saint Paul déclare dans une épitre en parlant du Christ : "il s'est abaissé jusqu'à la mort et la mort de la croix".
La kénose donc se conclut pas la mort en croix et saint Paul y voit un aboutissement du "parcours" de celui qui était "dans la forme de Dieu". Le Verbe donc connait ce mouvement qui de sa divinité va à la croix en passant par l'Incarnation et ce mouvement est signifié en termes d'abaissement.
Une fois cela dit, ce mouvement a donné lieu à des multiples interprétations certaines parfaitement hérétique.
En effet en disant qu'il y a mouvement qui de l'immanence divine va jusqu'à la manifestation la plus radicale de la fragilité humaine, autrement dit la mort, on n'a pas encore tout dit. Comme toujours, il faut tenir tout ensemble et l'hérésie consiste donc à rompre l'équilibre. Ce qui faut tenir c'est : la divinité du Verbe, sa commune nature avec les deux autres personnes de la Trinité, son absolue impassibilité, son incarnation réelle, sa véritable et complète nature humaine assumée, sa vraie et authentique passion, donc son absolue passibilité, bref, il faut tenir le dogme en entier.
La kénose est l'occasion rêvée de considérations gnostiques complexe ou d'interprétations de tendance platonicienne qui voient dans l'abaissement du Verbe, tantôt une compromission avec la matière mauvaise, tantôt une pantomime sans vraies conséquences.
Qui s'abaisse ? Le Verbe ? Comment s'abaisse-t-il ? En assumant la nature humaine totalement ? Pourquoi s'abaisse-t-il ? Pour permettre le salut. La Kénose est donc rédemptrice et, comme le dit la théologie, "économique". Cette économie est capitale et c'est précisément ce qu'ignorent bien souvent toutes les hérésies à ce propos.
Si la kénose, selon l'économie, est rédemptrice, il faut postuler une kénose "créatrice". En effet, si la rédemption est une action divine "ad extra", autrement dit "extérieur" à Dieu, la création est, elle aussi, une action "ad extra". Or, pour Dieu, on ne peut envisager une quelconque action de ce type, sans postuler une "kénose". Aussi la création est la première kénose du Verbe, le premier abaissement. Si on inverse les termes, on peut considérer l'abaissement rédempteur à la lumière de la kénose créatrice. L'abaissement dés lors sera autre chose qu'une catégorie péjorative, mais deviendra, pour le Verbe, la forme d'une nouvelle création. La kénose rédemptrice, qui se conclut dans la mort du Christ, devient l'achèvement et le dépassement de la kénose créatrice. La résurrection est le gond autour duquel les deux kénoses s'articulent, selon l'économie : "afin qu'au Nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers".

samedi 10 juin 2017

Sur l'islam (2)

Puisque l'islam se déclare être la religion abrahamique enfin restituée dans sa pureté, après les corruptions juive et chrétienne, il n'évolue en rien sur la notion de sacrifice, dont on voit dans la bible toute la progression. Le système victimaire est toujours présent dans l'islam - c'est d'ailleurs une preuve anthropologique et philosophique de sa fausseté ( lorsque l'on parle de "fausseté", il ne s'agit pas seulement de déclare que le dogme musulman est faux, mais aussi qu'est aberrante - étymologiquement parlant - la vision du monde qu'il entraîne.)
Cela dit même si par contamination quelque chose du christianisme et de sa conception révolutionnaire et aboutie du "sacrifice" a pu "passer", ce quelque chose ne va pas jusqu'aux individus musulmans confessants qui, majoritairement, en reste à la fois charbonnière, presque superstitieuse, et à une religion statique pour reprendre les catégories de Bergson. 
Bergson, en effet, distingue deux sortes de religions : la statique et la dynamique. La statique est la religion des observances, du rite, des prescriptions et la dynamique est celle de l'élan mystique, de l'union à Dieu, et d'une certaine liberté. La masse musulmane donc reste plongée dans l'ignorance du système mimétique, pire, elle continue de l'exploiter.  Le terrorisme musulman en est une conséquence mais aussi le manque de condamnation vigoureuse de celui-là par les autorités musulmanes éclairées ou non. 


Le terrorisme est l'un des lieux où s'exerce le sacrifice islamique. Les rites de l'expiation lors du pèlerinage, la fête de l'aïd et enfin la mention constante au sacrifice d'Abraham - qui devient en quelque sorte la pierre angulaire de l'islam -, sont les autres lieux de réactivation du sacrifice. Reste à s'interroger sur la place de la victime. Elle est virtuelle, animale, et humaine. Autant dire, que l’éventail des victimes est large et englobe le musulman lui-même. Le sacrificateur est à la fois Dieu, son prophète et par imitation tout musulman. Aussi, l'islam est sans doute l'une des religions où le sacrifice s'exerce encore de manière puissante.  
Être en contact avec les principes chrétiens peut être l'unique bénéfice pour les populations musulmanes à émigrer, pour nous il n'y en a aucun. Être en contact et éventuellement se rallier aux principes chrétiens, et donc à abandonner le système sacrificiel et l'idée d'un Dieu bourreau. Pour ce faire, il faudrait encore que ces principes apparaissent comme spécifiquement chrétiens, ce qu'ils sont en vérité. Il faudrait donc dans les principes qui nous guident et qui fondent les sociétés occidentales réaffirmer la transcendance absolue, car si les musulmans comprennent la transcendance - religion statique - ils ignorent et méprise le laïcisme. S'il y a un bénéfice pour les musulmans à fréquenter les sociétés musulmans, il n'y en a aucune pour les chrétiens à fréquenter les sociétés musulmans. La religion chrétienne est pas essence dynamique et elle ne gagne rien à renforcer le "statisme" qu'elle possède aussi, comme n'importe quelle religion. Eu égard à l'émergence de l'individu, de la liberté, de l'amour enfin, sans même parler de la charité, nous n'avons rien, strictement rien à apprendre de l'islam, car sur ces questions-là l'islam est foncièrement en retrait.  


mercredi 7 juin 2017

Suivent ici des notes prises il y a quelques mois. 

Sur l'islam (1)

Jésus n'est qu'un prophète dans l'islam, car il est impossible d'innover dans l'islam. Aussi, cette religion se présente comme absolument non-innovante et prétend remonter directement à la foi abrahamique, l'étalon de toute foi - il n'y en a qu'une du reste - monothéiste. La foi d'Abraham, ce que l'islam prétend en connaître, est un point fixe et définitif. Il n'est sujet à aucun développement futur et exclut toute forme de pédagogie divine. Dans l'islam, la révélation est toujours immédiate et directe, elle passe, inchangée, de prophète en prophète, jusqu'à Mahomet. Les prophètes donc répètent donc toujours la même chose, sauf Mahomet qui rétablit, après sa corruption par le judaïsme et par le christianisme, la plénitude de la révélation. 
Outre le fait que cette idée d'une révélation corrompue est un type dans l'univers religieux, elle est, dans l'islam, une pétition de principe. En effet, l'idée première est la corruption de  la révélation, or Mahomet et ses disciples ne prouvent jamais qu'elle fut corrompue. L'affirmation n'a comme autorité que celle qui prétend que Mahomet reçoit ses révélations de Dieu. On tourne donc en rond. Il faudrait commencer par montrer qu'effectivement il y a corruption de la révélation. 
Or, nous n'avons, aussi bien nous que Mahomet, à notre disposition que le donné biblique. Rien en dehors de lui sur la révélation à Abraham. Ce que montre le donné biblique, c'est l'existence d'une progression dans la révélation, d'un développement et conséquemment d'une pédagogie divine. Affirmer donc que la révélation judéo-chrétienne est une révélation corrompue est arbitraire. Affirmer, par la suite, que la "foi" musulmane est la foi d'Abraham est arbitraire. Affirmer que l'islam n'est ni plus ni moins que la religion d'Abraham restaurée est arbitraire et ne repose que sur cet argument : le coran est d'origine divine et son récipiendaire est réellement un prophète. Il reste à prouver et l'un et l'autre.
Pour l'islam, donc, Jésus est uniquement un prophète. En tant que tel, il répète la révélation d'Abraham et corrige la corruption de la révélation mosaïque que les juifs, d'après l'islam, suivent. Or la réalité est plus tout autre. Le judaïsme est et mosaïque et abrahamique. Jésus, selon le christianisme, ne vient pas corriger une révélation corrompue, il s'y inscrit pleinement et la porte à son achèvement. 
Jésus prophète est cependant une figure ambigüe dans le coran. Il y connaît une conception et une naissance virginales (dogme chrétien, parfaitement compréhensible si on affirme que Jésus est Dieu) fait exceptionnel que pas même Mahomet n'a connu. Cette conception et naissance virginale sont étranges dans le cas d'un prophète - Jésus - qui n'est pas Dieu. Qu'en est-il du Père de Jésus dans le coran ? Et au final de sa nature profonde ? Un homme ? Un esprit ? Un ange ? On ne sait mais en tout cas pas Dieu. C'est ce Jésus prophète et messie - l'islam lui reconnaît ce titre en ignorant toutes les implications théologiques qu'il entraine - qui reviendra à la fin des temps ( dogme chrétien de la parousie). Le Jésus du coran est un Jésus formellement chrétien mais qui parle comme un musulman. La critique historique ne peut y voir qu'une influence du christianisme et d'un christianisme hétérodoxe avec la création d'un personnage qui ensuite justifie rétrospectivement Mahomet et sa prédication nouvelle. 
L'immigration musulmane de masse pose, outre les questions politiques, des questions religieuses, métaphysique et philosophique en faisant pénétrer dans un univers jusqu'ici régit par des principes philosophique chrétiens ou assimilés, des principes qui lui sont parfaitement étrangers. Ainsi, René Girard,  par exemple, a suffisamment montré comment et pourquoi l'individu libre, la "personne" comme dit la théologie chrétienne, naît uniquement en régime chrétien précisément, cela parce que seul le christianisme révèle et dénonce le système violent du mimétisme sacrificiel.  
Même si le christianisme orthodoxe est loin désormais de constituer un horizon pour nos sociétés occidentales, il n'en reste pas moins vrai qu'elles ont été pendant des siècles imprégnées de la dynamique chrétienne et s'en trouve - même dans ses errements - encore largement pénétrées. Évidemment, il n'en est pas du tout la même chose dans les groupes humains informés par l'islam, autrement dit dans les sociétés construites dans le cadre islamique. Commençons donc par dire que l'islam ne remet pas en cause le système mimétique. En cette matière, la révélation musulmane est une révélation incomplète. Bien plus, puisque son incomplétude s'affirme, au contraire, pleine et entière, la révélation musulmane n'est pas une révélation au sens plein du terme. Ce qui est dévoilé - c'est le sens de révélation - dans l'islam, c'est son incapacité à aller au-delà du système mimétique. Or, avec lui, il n'y a pas deux possibilités : qui ne le dévoile pas, le maintient. Nous en venons ainsi à poser la question de la violence dans l'islam. 

dimanche 27 novembre 2016

L'affaire des affiches.

La semaine dernière la France a été secouée d'une nouvelle polémique, de ces polémiques que l'on aime tant ici : aux yeux de tous, des affiches placardées, ici et là, faisaient publicité des amours quelque peu volages de la gent gay. Et d'aucuns se sont émus. D'aucuns parmi les catholiques surtout. D'aucuns catholiques exclusivement d'ailleurs. Et au Ministère de la santé - qui toute chose étant s'occupe aussi de ce que l'on doit désormais appeler les elgébétés, étant donné que, si le sida ne les concerne pas exclusivement, il les concerne suffisamment pour que la communication publique, sur ce sujet, soit de façon prépondérante destinée à cette niche - a vu rouge et Marisol Touraine a piqué une colère.

Ce que certains catholiques n'ont toujours pas compris - ou accepté - c'est que la République française est laïque , autrement dit qu'elle se vit désormais comme étant sa propre origine, son propre maître et son unique fin. Laïque et a-religieuse et quand elle est de gauche, elle a, en outre, la volonté d'être parfaitement irréligieuse. Elle ne tient plus compte du sentiment religieux, le rejette dans la fameuse "sphère privée" avant de le pulvériser puisque, pour la gauche, le privé est l'antichambre de la disparition.
Il faut le reconnaître, les dites affiches n'avaient rien de bien érotique, en tout cas pas visuellement, et encore moins de pornographiques et ceux qui y ont vu je ne sais quelle promotion de la pédophilie - certaines affiches se trouvaient aux abords d'école - nagent dans une espèce de délire batailleur. C'est d'ailleurs ce qui caractérise cette frange, bien peignée, du catholicisme français : la bataille, la guéguerre. On veut en découdre afin de restaurer un succédané de chrétienté et de faire de la "fille ainée de l’Église" une espèce de gardienne universelle de la vertu. C'est louable, mais c'est vain. Ce catholicisme-là est un catholicisme de combat répondant d'ailleurs au socialo-elgébétisme combattant, lui-aussi. Bref, jeu de double et de rivalités.
Plus sérieusement, ce qui heurtait le sentiment religieux dans les affiches ce n'était pas tant l'image que le texte. A première vue d'ailleurs ce texte était assez banal mais malgré cette banalité désespérante, il avait, pour une fois, la vertu de dire le vrai. Oui, voilà que les affiches émanant des imprimeries du Ministère disaient la vérité de ce que pouvait être une vie amoureuse gay. Voilà la vérité que le catholique n'a pas su voir, ou plutôt qu'il a vu mais qu'il a mésinterprété. Une invitation à la débauche ? Sa promotion ?Non, mais l'énoncé purement réel des relations gays : "pour la vie, pour un temps, pour un soir".  Le premier membre de l'énoncé étant - je parle d'expérience - plus rare, ce qui est simplement revendiqué ou annoncé, c'est la profession de libertinage qui, s'il n'appartient pas exclusivement à l'univers gay, lui colle cependant à la peau pour plusieurs raisons que nous n'allons pas évoquer ici. La promotion du mariage gay à pu faire croire à la perpétuité romantique, aux toujours qui durent et qui durent jusqu'à ce que la mort séparent, mais dans les faits, les choses sont plus complexes et comme me le disait une ex-connaissance très gay : le "grand  écart" semble être la règle de vie de plus d'une personne gay. (Petite remarque en passant, j'utilise "gay" sciemment. Le "gay" pour moi est la personne homosexuelle qui non seulement assume son homosexualité, en fait la publicité mais règle sa vie sur les modes et modèles appartenant en propre à une "culture" homosexuelle de sorte de tous les individus agissant ainsi constituent une "communauté" d'intérêts, de goûts, de lieux, de référents. Ce qui a de terrible, c'est que quelque chose, de très diffus, pousse toutes les personnes homosexuelles - je n'aime pas ce terme, mais je n'en ai pas d'autre - à devenir "gay" et a souscrire aux valeurs ainsi vécues par la dite "communauté". Le penchant sexuel devenant l'étalon (sic) d'une vie entière.)
La République partage avec l’Église un vocabulaire commun : mariage, amour. Mais ce que l'on met sous ces mots est très différent. La République à piquer à l’Église le "mariage" avant d'en faire autre chose. Et aujourd'hui les catholique en sont encore à vouloir reprendre ce qu'ils estiment leur appartenir : le mariage et l'amour. Mais ce qu'ils doivent comprendre, c'est qu'une chose est leur "mariage", une autre le "mariage" républicain. Une chose se veut être leur "amour", informé par la charité divine, une autre est l'amour profane. Et rien ne sert de se crisper devant des affiches qui non seulement relativisent le mariage républicain, profane le mariage chrétien, mais expose un amour en miettes. Il faut que les catholiques cessent de rêver tout haut. Il y a une césure irréparable entre eux et la République laïque. A moins de cela, ils s'engagent sur des voies épuisantes et sans fécondité. Ce qu'il faut défendre, c'est la possibilité de liberté. Celle de dire ce que l'on pense et ce que l'on croit. De résister à cette "sphère privée" où l'on veut nous mettre, et de dire à temps et à contretemps ce qui est notre conception des rapports humains. De son côté, la République doit comprendre que ce qu'elle appelle ses "valeurs", parfois de façon indue d'ailleurs, ne sont pas forcément, toujours, partagées par tous et qu'elle ne saurait contraindre à ce que tous les fasses siennes, purement et simplement.

Mais revenons aux affiches incriminées. Elles n'avaient pas pour elles la beauté, loin de là. C'est d'abord cela qu'il aurait fallu dire.  Quant à être libertines - et hygiénisto-libertines (n'ayons pas peur de la schizophrénie : la santé c'est moral, la morale, c'est ringard) qu'elles fussent au moins belles. Au lieu de quoi ces placards idiots étaient sans art et fort laids, ce qui accroît fortement leur immoralisme. Une laideur toute administrative, sans âme, comme est sans âme la prophylaxie commune pour le sida. Voilà, jointe à la laideur, l'autre tort de ces affiches. Un tort qu'elles partagent avec une multitude de chose émanant de notre siècle : le manque d'âme. Mais il est vrai, "âme" appartient au vocabulaire religieux. Le monde moderne et la République ne sont pas des affaires d'âmes : on peut aimer le "petit prince" et manquer cruellement d'âme. Ce monde-ci et la République n'ont pris en héritage que le corps, le corps étalé-là, le corps vidé, le corps sans âme autrement dit le cadavre. Nous sommes ainsi, à regarder de ce côté-ci du vivre-ensemble, que des cadavres ajournés, des morts -vivants pour qui "une vie" vaut bien "un soir" et "un soir" vaut bien "un temps". Tout est relatif parce que tout est déjà mort de cette mort qui nous clouera le bec une bonne fois pour toutes. Car mort est Dom Juan, et mort est Casanova. Sade est mort lui aussi et mort son plaisir, seul règle de sa foutue morale. Et je peux m'imposer bien cette néo-morale qui consiste à me garder en bonne santé, à maigrir, à faire de sport dans des cages comme lapin de batteries, de me garder svelte et de jouir sans cesse, c'est un homme sans espérance d'outre-tombe qui pète la forme, mince comme une limande, courrant à en perdre haleine, au  fessier de marbre callipyge, qui baisse à couilles rabattues, c'est un cadavre qui jeûne, qui sue, qui s'éclate avant d'enfin devenir pleinement ce qu'il est déjà, dans une fosse froide, noire et humide. Et même Marisol y passera, elle le Ministre des zombies.
Laïque ou catholique, tu mourras. La différence est que le catholique porte en lui l'espérance de ne point mourir entièrement. Mieux : il porte en lui l'amour et l'espérance que quelque chose de lui déjà ne meurt plus. Le catholique n'a plus peur, ni de Marisol Touraine, ni des affiches, ni de mourir car déjà il est entré là où la Vie est souveraine. Ce soir, non pas pour un temps, mais pour la Vie, le catholique, s'il le veut bien,  est du côté de Dieu. Ce n'est pas une question de morale. C'est une question d'âme. Cette âme qui informe le corps. Cette âme que l'on cherche partout en ce monde et qui semble se réfugier dans des recoins sombres.
L'affaire des affiches a au moins le mérite de révéler, par l'absurde, qu' "homo erectus" n'est pas uniquement un homme en érection. Et Sade lui-même, dans ses délires libertins, hurle que l'âme demande à vivre.


mardi 4 octobre 2016

La fabrique des saints.

Après la fureur de l'été, un été mi-pluie mi-soleil, mi-camion mi-couteau, écrasement entier pourtant après les flons-flons nationaux, égorgement entier cependant pendant la messe, aprés un été furieux, l'heure semble être, du côté catholique aux strass et paillettes, si l'on peut dire. On parle, en effet, d'une béatification possible du Père Hamel, le prêtre sauvagement assassiné pendant cette furie estivale. Devant les réactions quelques peu émotives des uns et des autres - émotives et idiotes, ce qui souvent va de paire - il est peut-être nécessaire d'apporter quelques petites lumières au dossier.
Si le Père Hamel est un jour béatifié, il le sera en qualité de martyr. La sémantique aujourd'hui est, comme bien d'autres choses, une fille perdue et le lexique un enfant sans généalogie. Les mots sont sans le sens ou adoptent le sens qui leur convient au fur et à mesure de l'abrutissement général. Aussi "martyr" n'a plus le sens spécifique qu'on lui donnait il y a encore quelques générations. Par les temps qui courent tout le monde est martyr, tout le monde vit un vrai martyre. On est martyr de son patron, de sa femme, de son voisin, de ses enfants. On vit le martyre sur un lit d'hôpital, sur une méridienne, chez soi ou en voyage, dans des chaussures trop étroites ou dans une situation de travail trop stressante. Cette acception de "martyr" n'est  qu'analogique. "Martyr", comme il est bon de le rappeler vient du grec "martus", mot qui signifie "témoin". Le martyr est donc un témoin, il porte témoignage. Celle qui souffre le calvaire dans ses escarpins neufs de quoi donc témoigne-t-elle ? A quoi ou à qui rend-elle témoignage ? A sa coquetterie tout au plus. A proprement parler donc, il n'est de martyr que chrétien - avec une exception pour Israël où, par exemple, les fils Macchabée sont d'authentiques martyrs - puisque, normalement, la mort du chrétien doit rendre témoignage au Christ. Celà est plus vrai encore de celui (celui ou celle, cela va sans dire) qui est assasiné en raison même de cette identité chrétienne et qui au moment fatidique choisit son attachement au Christ plutôt que l'attachement à sa vie. C'est même là, la définition du martyre chrétien : être tué en haine de la foi ou de vertus proprement chrétiennes. Ailleurs le martyre peut être de mourir volontairement pour Dieu, voire se faire sauter le caisson en entrainant d'autres dans le boum. Cette conception du témoignage radical n'a jamais été celle du christianisme où toute mort volontaire est une faute contre la Vie. Les personnes mourant sous les roues d'un camion, où celles tuées à la terrasse d'un café, ne sont pas des martyrs : tout martyr est une victime, toute victime n'est pas un martyr. Ceux donc qui croient que parce que l'on béatifierait le Père Hamel, en qualité de martyr, l'on déconsidèrerait la qualité de victimes des autres personnes mortes de la main des mêmes assaillants, font fausse route. Ils confondent tout.
Reste à voir si le Père Hamel est "techniquement" parlant, du point de vue de la procédure canonique, oui ou non un martyr. Pour qu'il le soit, et c'est ce que le procés - dans son cas - doit déterminer, il suffit qu'il fut assassiné en haine de la foi ou du christianisme et que là soit la seule et unique raison directe de son assassinat. Si tel était le cas, le Père Hamel est effectivment un martyr dans le plein sens du terme, sinon il est une victime sans autre spécificité. L'Eglise seule est apte à juger de ce statut de martyr, puisque Elle seule fait les saints, les siens en tout cas. Il semblerait, à première vue, que le Père Hamel ait été tué en haine de la foi. Il semblerait donc qu'il soit effectivment un martyr. Il semblerait donc qu'il puisse  être porté sur les autels.
Une autre question surgit alors. Pourquoi cette précipitation ? Les procés de canonisation font partie d'une procédure longue qui conduit un individu lambda à la gloire d'un culte public, culte de vénération et pas d'adoration (différence entre le culte de dulie et de latrie). Les béatifications et les canonisations ont connu plusieurs formes tout au long de l'histoire et sont donc insérées dans un contexte ecclésiologique et social. Il y a une sociologie des canonisations autant qu'une approche ecclésiologique. Depuis Jean-Paul II, l'observateur peut noter une nette tendance à une démocratisation et à une simplification des procédures. Jean-Paul II a canonisé à lui seul autant que l'ensemble de ses prédécesseurs. Il a en outre simplicifié considérablement la prodécure en supprimant deux des miracles qui étaient nécessaires pour se voir béatifié ou canonisé. Benoit XVI a suivi en dispensant, par exemple, la cause de Jean-Paul II du délais obligatoire de cinq années, après la mort du candidat, avant l'ouverture d'une cause. Ce délais, pourtant, a l'avantage de faire tomber l'émotion et de constater avec plus d'objectivité, et l'absence de culte public organisé, et l'attachement des personnes au serviteur de Dieu décédé. Le pape François suit les pas de ces prédécesseurs directs : pour la cause de Jean XXIII, dispense du miracle nécessaire; canonisations équipollentes plus fréquentes pour d'autres cas, et dispense du délais des cinq ans pour la cause du Père Hamel, si cela se confirme.
Il semblerait bien que l'on assiste à une mise en place de canonisations expresses. (L'histoire conserve le souvenir de canonisations rapides, par exemple saint Antoine de Padoue fût canonisé un an après sa mort, mais à l'époque, les procès n'existaient pas. On fonctionnait encore avec le fameux adage "vox populi, vox Dei. C'est précisément pour limiter la précipitation et donner une solennité plus grande aux canonisations, qu'une procédure fut instituée.) Depuis Jean-Paul II, l'Eglise catholique voit comme une urgence de fabriquer des saints, et de les faire nombreux et variés : des deux sexes, de toutes conditions de vie (mariés, religieux, prêtres), de tous les âges (de l'enfance la plus tendre à l'âge le plus vénérable). Parmis tous ceux-ci, la catégorie la plus représentée est bien celle des martyrs : contingent des martyrs d'Angleterre, ceux du Mexique, ceux de la guerre civile espagnole. Il suffit de lire le martyrologe pour se rendre compte que tous les jours, il est fait mémoire de plusieurs martyrs et bien souvent de martyrs contemporains. Alors faire du Père Hamel un martyr français contemporain, cela a-t-il un sens ? Oui, bien évidemment. Cela a un sens pour les catholiques français et européens : cela veut dire que l'on peut aujourd'hui encore être appelé à être logique avec soi-même et à donner témoignage, jusqu'en sa mort, de sa foi : cela s'appelle la fidélité. Dans un continent où la foi chrétienne se comporte comme un lichen sur un tronc d'arbre, cette béatification peut intervenir comme un signe de vie et de vivacité paradoxalement. Mais surtout comme une injonction à la logique chrétienne qui n'attend pas la mort pour commencer à être logique. Mais faut-il cependant aller vite ? Dieu a tout son temps, l'Eglise a le sien - qui s'accélère, il semble -, nous, nous ne l'avons pas. A nous, hommes du XXIème siècle, il nous faut du haut débit, sinon nous oublions... Nous oublierons tout de même, mais en allant vite il se peut qu'une étincelle nous éblouissent un instant. Un instant ? Le "kairos", comme disent les hellénistes versés dans l'exégèse, autrement dit le temps de la grâce qui, lui, n'est ni lent, ni rapide.

mardi 17 novembre 2015

Mors et vita duello.

Après le massacre de Charlie Hebdo, on a vu, formidable, cette manifestation commune de "solidarité", ce besoin manifeste et urgent de "faire corps", de communier même dans une identique douleur, dans une même indignation, dans un unanime sentiment trouble. Et l'on voyait fleurir, à une vitesse extraordinaire des "Je suis Charlie" mi-bravaches mi-compatissants avant que de voir, tant nationalement qu'internationalement - tant ce genre de phénomènes est aujourd'hui planétaire- des foules battre le pavé pour crier silencieusement "plus jamais ça !" Hélas, peine perdue, de l'autre côté on est sourd. Pire que sourd même, on est ailleurs. Et les banderoles, les slogans, les habitus processionnaires ne changent rien, parfois je crois même que c'est tout le contraire. Nous réagissons avec notre pli humaniste et empathique - ce qu'il reste d'un christianisme évacué - mais de l'autre côté - un "autre côté" qui est simultanément notre ici désormais - on n'accède pas à ce langage-là, au contraire on y lit des signes d'une faiblesse et d'une peur évidentes.
Voici qu'une fois encore, à la faveur des réseaux sociaux, fleurissent des "Pray for Paris", des "Je suis Paris", des drapeaux tricolores, des tour Eiffel et d'autres signes comme le très ambigu "faites l'amour par la guerre" - slogan stupide, car celui qui fait l'amour, bien souvent fera la guerre aussi - qui manifeste ce besoin de communion et, osons-le, une espèce de fascination pour l'horreur commise. Fascination que l'on retrouve dans les mots eux-mêmes toujours choisis dans le registre du superlatif : barbarie, abominables, odieux, immonde, etc. Fascination télévisuelle qui, en boucle, repasse les mêmes images, les mêmes "informations", de manière incantatoire. Fascination au sens strict : attrait irrésistible qui paralyse, qui subjugue. Et si, après tout, le but de ces actes n'était pas celui-là : que nous soyons subjugués. Et, en vérité, nous le sommes peu ou prou.



Dans cette affaire, on a évacué le religieux. Pourtant, il est partout : dans le communiqué de Daesh, dans les intentions des tueurs, dans les réactions du peuple (petites bougies, "Pray for Paris", fascination, besoin de communion), dans les manifestations de l'Etat. Mais jamais la religion n'a été évoquée directement. A la faveur d'un carnage, la communion nationale se manifeste impérieuse et presque tyrannique : c'est le processus même du mimétisme victimaire mis en évidence par René Girard. Les victimes du vendredi 13 novembre 2015 apparaissent dés lors comme des boucs émissaires d'une crise mimétique. Les bourreaux, on le dit et on le redit, font partie de la communauté nationale au même titre que les victimes. Et le résultat du sang versé est une communion nationale autour de ses symboles : président, drapeau, hymne. Normalement, du sacrifice mimétique la victime en ressort divinisée. Ce n'est pas exactement le cas ici. Les victimes, pour le moment -contrairement à ce que l'on avait vu pour Charlie - ne sont en rien "divinisées", aucun processus de ce genre ne semble se manifester. Ceux qui en tireront une certaine gloire sont les bourreaux. C'est à eux que le processus de divinisation profitera.
Parce que ces bourreaux-là sont d'un genre particulier. Ils sont morts déjà. Ils sont ailleurs. Et la vie qu'il prennent, déjà ils l'ont perdue. S' "envoyer en l'air" pour un djihadiste est la manifestation ultime d'un désir d'ailleurs. Un ailleurs transcendant. Un paradis peuplé de Houris les attend. Un paradis qui a plus de tenue, plus de réalité pour eux que les paradis artificiels où nous aussi nous nous envoyons en l'air. Ils sont morts déjà, comme nous d'ailleurs nous le sommes pour eux. Mais notre mort ne vaut pas la leur. La mort nous y tenons, eux ne tiennent pas à la leur. Nous, nous avons confondus mort et vie, eux ils ne confondent rien, ils n'ont que la mort.
Nous devons revenir à la vie, et la vie en abondance. Nous devons revenir à ce qui faisait que nous étions-nous : la vie manifeste. Nous devons revenir au réel, à la vérité, au bien.

C'est la guerre paraît-il. "Mors et vita duello conflixere mirando". La figure de la vie dans notre tradition ce fut une croix, signe d'un homme, un des nôtres, un juif, qui a accepté de donner sa vie pour que tous l'aie en plénitude. Puisque l'Etat islamique veut faire de nous des croisés pour mieux nous anéantir. J'assume ce signe de la croix comme puissance de vie. Et puisque guerre, il y a : on fera la guerre, la guerre à la mort et à ses idéologies.