mercredi 5 décembre 2012

Noël à la Toussaint, Pâque à la chandeleur

 Le calendrier s'accélère. Noël s'annonce dès le début novembre. Et c'est plus de deux mois qu'il nous faut vivre dans les boules, les résineux, la neige synthétique, les petites lucioles. La fête, l'esprit de la fête s'étale sur l'ensemble de l'année comme une nappe de pétrole : grassement, lentement, mais inexorable. L’Épiphanie, dans cette dérive, est désormais mangée en pleine Avent, l'Avent se confond avec le carême, celui-ci avec le ramadan, et Pâques commence à pondre ses œufs en même temps qu'on les casse pour faire deux ou trois crêpes : il faut bien sacrifier à ce qui reste de traditions. Puis, après tout, elles sont sympas ces traditions toutes teintées qu'elles sont de paganisme, après tout c'est un retour aux sources non?   Puisque demain c'est la Saint-Nicolas, et que Nicolas, le bon évêque, est la matrice du Père Noël, qui n'a fait que prendre quelques kilos en mangeant des hamburger, qui a troqué la mitre pour un bonnet de nuit, et la robe cléricale pour un complet de lutin, je me penche, une nouvelle fois, sur la fête de Noël.



Noël ! Les lumières, la bûche qui crépite, l'odeur du sapin, le scintillement des bougies; féérie de cette fête unique, tellement fête, si je puis dire, qu'elle est devenue la fête des fêtes, qu'elle est, a elle seule, l'hyperfête.

 A n'en pas douter, Noël est bien la superfête, l'unique d'ailleurs, qui tiennent encore du calendrier chrétien, à être aussi universellement plébiscitée. Fête de l'enfant, fête de la famille, fête de la générosité, fête du don, fête de la solidarité, fête de la solidarité, fête de la Chaleur humaine, fête de la bonasserie planétaire, j'en passe et des meilleures. Et pourtant un truc me fait dire que rien de tout ça ne constitue l'essence de cette fête-la.



Noël, pour le dire simplement, est la célébration calendaire et arbitraire du dies natalis de Jésus de Nazareth, qu'une bonne partie de l'humanité tient pour un homme remarquable, si ce n'est le Verbe Incarné lui-même. La date - 24 décembre dans la nuit ou 25 comme on voudra- est tout à fait accidentelle, et symbolique, aucun registre n'ayant retenu la véritable date de naissance de Yeshoua. Symbolique donc, parce que choisie, assez tardivement, en raison de la fête romaine du Sol Invictis, du soleil invaincu, que l'on célébrait au solstice d'hiver. Les chrétiens, voyant dans le Christ le véritable Soleil Invaincu, quand il s'est agi de commémorer sa naissance, et bien, tout logiquement, ont choisi cette date-là. ("Quand il s'est agi", car avant cela la fête chrétienne par excellence, était - et demeure- Pâques. Fête de la Résurrection, qui est autre chose qu'un simple retour à la vie ; nous sommes loin de Blanche Neige, ou de la Belle au Bois Dormant.)
Une autre fête romaine, se célébrait à la même période de l'année, les Saturnales. Fête exubérante pendant laquelle la coutume voulait que l'on s'offre des cadeaux. Nous avons donc là les racines de notre fête de Noël: un événement historique religieusement important pour beaucoup, une symbolique solaire païenne et une fête de l'excès avec présents.
Eu égard aux deux derniers éléments, cette nouvelle fête chrétienne se fit sa place en hiver et au cœur de la nuit. C'est à dire, au moment astrologique et astronomique, où le Soleil est au plus mal de sa course et de ses fonctions symboliques. Cela ne devait mettre en valeur qu'une seule chose, la prééminence du Christ sur les ténèbres et la mort d'une part, et sur le soleil lui-même, d'autre part. En définitive, cette fête de Noël n'était qu'une doublure, en hiver, de la fête de Pâques, qui disait en des termes quelque peu différents la même chose.


Un petit mot sur le fameux "sapin de noël". Comme on ne prête qu'aux riches et que les vieux Celtes sont apparemment fort riches, on leur prêtent l'invention de ce fameux arbres. Ah les Celtes. Quoiqu'il en soit, il ne faut pas douter de l'origine païenne de ce symbole natalice. Mais qu'il fût païen n'est pas une raison pour qu'il le soit resté. Le christianisme dans son génie de considérer à frais nouveaux les symboles païens - sur lesquels il ne jetait systématiquement son opprobre, loin de là, considéra que ce fameux sapin, arbre toujours viride, était propre à signifié une vérité polymorphe de sa révélation. La bible fait une place considérable à l'arbre, et ce depuis la genèse jusqu'à l'Apocalypse, en passant par la Croix. Cette croix que la première génération de chrétiens appelait tout simplement  le "bois" et qui devint ensuite l' "arbre de vie" si magnifiquement illustré sur l'abside de la Basilique romaine de Saint-Clément. Aussi cet arbre décoré de couleurs, vert, dans le froid de l'hiver, pouvait merveilleusement signifier l'histoire du salut, puisqu'il était à la fois l'arbre du début, celui de la fin et la croix en préfiguration. Noël donc par la présence de ce sapin annonce déjà la Passion-Résurrection, ce qui nous reconduit à Pâques une nouvelles fois.

On le voit bien, il n'est ici question, ni de famille, ni de solidarité, ni de don, ni même d'enfants. Toutes ses notions, parasites, sont venues bien plus tard, et sont somme toute sont assez récentes. Le développement de l'intérêt porté à l'enfant, à fait de cette fête une réjouissance purement enfantine, et par ricochet l'attention s'est portée sur la famille, cadre normal et habituel de l'enfant, son écrin pour ainsi dire. Ceux qui parmi les catholiques, nous proposent la Sainte Famille comme famille exemplaire, feraient bien, de relire les évangiles, car quoi, nous voici en présence d'une Vierge qui ne connaît point d'homme, d'un homme qui ne connaît pas sa femme, d'un fils qui n'est pas le fils de son père, et qui ne sera que l'unique fils de sa mère. Le moins que l'on puisse dire c'est que cette famille-là, n'a jamais été un exemple concret de la famille catholique traditionnelle, où le nombre d'enfant est plus élevé, et où les époux se doivent d'accomplir leur devoir conjugal. Bref, tenir noël pour une fête familiale en raison de la Sainte Famille de Bethléem dans son étable, tient du folklore pieux, plus que de la théologie. Il en va de même pour l'enfant. Il n'est question ici que d'un enfant : le Christ. Mieux qu'un enfant : un fils. Ce n'est pas le fait qu'il y ai enfant qui est important, mais bien celui qu'il y ai fils dans la chair. Noël n'est en rien la fête de l'attendrissement devant l'enfant, mais la reconnaissance dans cet enfant-là du fils venu dans la chair. Après on peut broder, imaginer, supputer, tirer des analogies, mais tout ce qui viendra, viendra en sus, et est accessoire.

Je passe sur le don, la solidarité, qui eux-aussi tiennent de l'analogie natalice. Je ne dirai absolument rien des mangeailles scandaleuses, ni des ripailles, ni du luxe ostentatoire qui à cette occasion s'étale partout, et fruit, hélas, d'une hécatombe animale annuelle - je crois bien que la tradition place auprès de l'enfant-Dieu, un âne, un bœuf, et quelques moutons; on pourrait dès lors en faire une fête de l'humble condition animale. C'est là le destin d'une fête religieuse qui se vide progressivement de sa signification première pour devenir un moment annuel de célébration grégaire sociale. Noël, oui, est bien aujourd'hui, la fête profane de l'enfant, de la famille et des valeurs subséquentes, sous la tutelle bonasse du bonhomme en rouge.

Bonne saint-Nicolas. 

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